
Roman de Susanna Clarke.
Un homme parcourt les innombrables salles d’un bâtiment illimité, tantôt envahies par la mer, tantôt noyée par les nuages. « La Beauté du Palais est incommensurable, sa Bonté infinie. » (p. 15) Dans ce labyrinthe chimérique, il accomplit les offrandes que réclament les dépouilles et les statues. Selon un calendrier qui lui est propre, l’homme-narrateur consigne dans des carnets ses réflexions et ses explorations, méticuleux dans la cartographie du monde qui est le sien. « Hors du Palais, seuls existent les objets célestes : le Soleil, la Lune et les Étoiles. » (p. 17) Parfois, Piranèse rencontre l’Autre, à qui il doit son nom, et travaille avec lui à la révélation du Grand Savoir Secret. Assistant zélé et dévoué, confiant et un peu naïf, l’homme s’interroge cependant. N’y a-t-il qu’eux dans ce palais de marées brutales et de nuages opaques ? En relisant ses notes, Piranèse doute : peut-être existe-t-il une autre vérité. « Je comprenais que notre quête du Savoir nous avait encouragés à voir dans le Palais une sorte d’énigme à déchiffrer, un texte à interpréter, et que si nous découvrions un jour le Savoir, alors ce serait comme si le Palais avait perdu son prix, et tout ce qui reste ne serait plus que pur décor. » (p. 84)
Il faut se garder de trop en dire sur ce roman, au risque de déflorer son mystère pour le lectorat à venir. Et il faut lâcher prise en l’ouvrant : l’incompréhensible aura bientôt tout son sens, à mesure que l’accumulation énigmatique d’informations laisse place à la révélation. De Susanna Clarke, je garde un profond souvenir de Jonathan Strange et Mr Norrell, même si la fin m’avait un peu déçue. Avec Piranèse, elle livre à nouveau, dans une version plus courte et remarquablement menée, une vertigineuse exploration de l’ésotérisme et des mystères du réel. Voilà une lecture qui intègre sans difficulté ma liste de maisons maudites.





























