
Roman de Nanténé Traoré.
En surface, la terre est brûlée et brûlante. Pour survivre, l’humanité s’est réfugiée dans des néopolis creusées en sous-sol. Andromaque rejette cette solution instable à un problème incurable. Elle veut partir, voir la mer, emmener celleux qu’elle aime face à l’immensité inatteignable. « On pourrait mourir libres. » (p.65) Finalement, c’est seule qu’elle se lance sur les routes, dans sa berline rouge qu’elle aime aussi sensuellement qu’une amante. Loin de l’obscurité fétide de Pharos, elle dépasse des ruines abandonnées, des vestiges pétrifiés dans la chaleur poussiéreuse. « Andromaque roule dans le vide, dans le vide de plus en plus vide. » (p. 90) Elle croise une communauté solidaire dans une grotte et chemine un moment avec une enfant bien trop sage pour son âge. Elle descend toujours plus au sud, aimantée par cet océan qu’elle n’a jamais vu et qu’elle espère, attirée par cette étendue d’eau aussi lointaine que la ligne d’horizon, et tant pis si elle doit en crever.
Le titre a la sensualité d’un roman pulp des années 50, quelque chose d’outrageusement séducteur. Il contient aussi une dissonance ténue, celle du prénom qui renvoie à un imaginaire antique qui s’accorde mal avec un bolide écarlate. Ici, l’héroïne s’affranchit du poids mythique de son nom et abandonne le foyer bancal pour un road-trip solitaire dans les sables. Andromaque ne s’arrête pas longtemps, nulle part et pour personne. À celleux qu’elle laisse et qu’elle croise, elle raconte des histoires, de fabuleux contes où la mer est omniprésente : tantôt sirène, tantôt Ulysse, Andromaque trace sa propre odyssée et invente son histoire à chaque tour de roue. « Elle se disait que pour qu’un mensonge vaille le coup il fallait qu’il soit une excuse pour voyager ailleurs. » (p. 15) L’auteur pratique une narration en flot continu, en pensées enchaînées et inarrêtables. Même les dialogues se fondent dans le récit : les paroles s’envolent, de toute façon. L’érotisme est discret et fugace, mais profondément tactile : le contour d’une hanche, le grain d’une nuque, la moiteur d’une cuisse, tout est là, follement sensuel pour qui veut le ressentir.
Je découvre Nanténé Traoré avec ce roman et je suis frappée au cœur. Son Andromaque, autant Thelma que Louise, emmerde le conformisme et refuse la rigidité : elle sera libre, sinon rien. Dans mon imaginaire personnel, ce roman intègre la galaxie composée de Silo, Le mur invisible, Station Eleven ou encore Moi qui n’ai pas connu les hommes.




























